Tout d'abord merci pour vos commentaires si divers et si intéressants..C'est toujours passionnant de voir comment un même petit conte peut provoquer des réactions si différentes...
Moi aussi , à la première lecture, je me dis que quelque chose m'échappe..Il ne me paraît pas possible que le grand Ibn Arabi nous propose un amour fusion qui risque de devenir un amour étouffoir assez vite...Je n'ai donc rien compris à cette parabole..Il me faut donc la relire plus attentivement..
.Khanouff nous fait remarquer qu'il existe une formule amoureuse, en arabe, pour parler au bien-aimé : "mon âme" qui veut dire"moi-même" ou toi-même"...Il faut bien penser que c'est une traduction et que les mots ne sont pas toujours employés dans le même sens d'une langue à l'autre....
J'aime bien la réponse de Catherine qui pense que, en méditant dans le désert , il s'est allégé, il s'est ouvert à celle qu'il aime...et elle le ressent et elle lui ouvre la porte....Clémentine n'a pas tout à fait tort en imaginant qu'il l'a emmenée avec lui...En effet, elle occupe toutes ses pensées, elle occupe tout son être..Il apprend à faire de la place en lui pour l'autre...C'est de l'abnégation, s'inquiète Liedich...Oui...non..Je ne sais pas..Quand on prononce ce mot, on évoque aussitôt quelque chose de douloureux, de triste et ici, il n'y a rien de triste..Imaginez un peu , quand cet homme revient à la porte de sa bien-aimée et qu'elle lui ouvre..Imaginez un peu la joie de cet homme...
Cela me fait penser à la réflexion qu'un moine nous avait faite alors que nous suivions un stage dans un couvent qui faisait aussi chambre d'hôtes et maison d'accueil..Il nous avait dit que se sacrifier pouvait être parfaitement inutile et même néfaste..Que , pour qu'un sacrifice soit bon, il fallait qu'il soit précédé, qu'il soit dicté par une grande joie
Je crois que, dans ce conte, cet homme ne regrettera jamais les années perdues à attendre sa belle, il les a sacrifiées dans la joie..et même si elle n'avait pas ouvert sa porte, il ne regretterait rien car ce temps passé dans le désert l'a métamorphosé, il s'est unifié, il s'est trouvé lui-même et maintenant il sait aimer..Il ne peut être que dans la joie...Et c'est cette joie pressentie qui lui a permis de"se sacrifier" sans se mutiler...C'est ce sacrifice qui lui a permis de laisser circuler en lui le courant d'amour .....
Ceci dit, je relis à nouveau tous vos commentaires et je me dis que je suis quand même un peu d'accord avec vous tous..Tout dépend de ce que l'on met derrière les mots...Et se servir de ce conte pour justifier un effacement malsain de la part d'un des partenaires serait bien mal le comprendre...L'amour nous libère et nous permet de nous trouver à travers l'autre...et si l'on sacrifie quelque chose , ce n'est que pour trouver mieux encore...