journal intime,poésie,spectacles peinture
J'avais 16 ans.Cette année-là, pour la première fois,je n'allais pas passer tout l'été à la maison...Non,j'étais employée dans une maison au Vercors.C'était un grand chalet situé sur une hauteur et tous les matins,dès que j'étais réveillée,je me précipitais dans le pré voisin D'où je contemplais le paysage...Je n'en ai pas un souvenir précis.La seule chose qui me reste en mémoire,c'est la sensation de bonheur extrême que j'éprouvais,c'était comme si deux bras m'enlaçaient: deux bras très doux,très tendres comme une mère enfin retrouvée...Ce lieu ruisselait d'invisible et m'ouvrait à la vraie vie et ce moment passé seule dans le silence et la luminosité du matin embellissait toute ma journée...il me semblait que le temps était suspendu.
Qu'en ce lieu idyllique,un drame puisse avoir lieu...celà n'était pas possible...Même la mort y perdait l'effroi qu'elle suscitait d'ordinaire,elle devenait simplement un moment de vie qu'il s'agissait de vivre tout comme un autre,dans la même plénitude,la même sérénité que tout autre,avec même une chanson au bord des lèvres pour célébrer la vie qui va et vient.
J'allais donc; chaque matin,contempler ce paysage,m'y ressourcer,m'émerveiller de cette beauté,à perte de vue,m'enchanter de ce silence qui bruissait à mes oreilles...toujours un peu étonnée quand les bruits de la maison me rappelaient que les autres s'éveillaient et que je devais les rejoindre...étonnée que le temps ait passé si vite...étonnée mais sans aucune tristesse;même enfermée entre quatre murs,ce paysage ,je le gardais,au fond de moi et il me protégeait de toute agresion...C'était le bonheur;