journal intime,poésie,spectacles peinture
Elle était sur sa terrasse,elle est tombée...et la voilà le poignet cassé...Elle a 86 ans et elle vit seule depuis la mort de son mari.
Le chirurgien qui la voit à l'hôpital lui dit:"je vais vous mettre un plâtre"...-"Mais il n'en est pas question,lui dit-elle,vous comprenez,je fais du théâtre et j'ai plusieurs soirées prévues,je ne veux pas être handicapée ,vous allez m'opérer"
Le chirurgien est un peu abasourdi,il n'a pas l'habitude d'avoir des patients aussi rétifs...(J'avais une forme terrible,m'a-t-elle dit au téléphone,et je lui ai déployé le grand numéro...) La voyant aussi déterminée,il accepte et dit simplement :"je devais aller à Paris ce soir,eh bien je n'irai pas et je ferai l'opération"
Ses filles habitent pas très loin de chez elle,mais elle s'est toujours débrouillée seule,même dans des situations désespérées,et il n'y a vraiment pas de raison pour que ça change...mais,c'est quand même pas de chance,sa femme de ménage est malade et un ouvrier a commencé des travaux dans sa salle à manger,le jour même de sa chute...alors,la maison est un peu sans dessus dessous et elle tolère difficilement le désordre...et avec son poignet cassé,le droit,celui de sa bonne main...et l'autre qui lui fait mal à cause des rhumatismes...elle se sent vraiment mal à l'aise...
Un jour,sa fille lui téléphone...Comme d'habitude,elle commence par répondre que tout va bien...Oui,oui,elle s'en sort...et puis,elle se reprend,la lassitude la submerge,et elle dit :"non,ce n'est pas vrai,ça ne va pas,les travaux sont finis,et je suis incapable de tout remettre en ordre,je veux remettre mes rideaux et je n'y arrive pas,que dirais-tu si je te demandais de m'aider?tu n'as pas le temps?
Et sa fille de lui répondre : "eh bien, si tu me demandais de venir t'aider,je penserai que ma mère me croit capable de faire les choses aussi bien qu'elle et j'en serai très heureuse"
En entendant ces paroles,elle est tellement émue que les larmes lui brouillent la vue,elle n'a jamais pensé que sa fille serait heureuse de venir l'aider...elle prend conscience soudain qu'elle n'a jamais accepté que ses enfants lui rendent service,qu'elle s'est privée et qu'elle les a privées de ce bonheur.
L'après midi même,les voilà toutes deux réunies,les rideaux sont posés,les objets ont retrouvé leur place et elle se retrouve apaisée dans sa maison ordonnée selon son désir...Et le lendemain,une autre de ses filles lui téléphonant,elle ose renouveler une demande et celle-ci lui répond avec la même dextérité :"je viens cet après midi,maman"
Finalement,elle a eu de la chance de se casser le poignet.