Je viens de lire ce petit livre où Jean Denis Bredin,avocat célèbre et écrivain,nous raconte son enfance...et je suis pleine d'admiration...pour son écriture certes,pleine d'émotion retenue et de justesse,mais plus encore pour sa force intérieure....comment ,en ayant reçu une éducation aussi rigide et aussi mortifère,a-t-il pu se construire et devenir ce qu'il est devenu? Il a su transformer les obstacles en tremplins pour aller plus loin...Comme le dit Nietsche:"tout ce qui ne me tue pas me fortifie"
Ce que je trouve remarquable aussi,c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'un jugement....Même enfant,et souffrant d'une grande solitude,il comprenait que,si son père agissait ainsi,il en était le premier malheureux,il ne savait pas être autrement
"Ce père m'a sans doute aimé en se taisant.Il a étouffé,par pudeur et par devoir,tous les bruits de son coeur"
avec sa mère qu'il adorait,la communication n'est guère meilleure...ses deux parents étaient séparés,il ne les vit ensemble qu'à la mort de son père.
"Dans mes deux familles,je décelais vite cette règle impitoyable:qu'il fallait être comme il faut ,s'acharner à ressembler à une image,étouffer en soi toute révolte...On corrigeait chacun de mes gestes.On rectifiait chacun de mes mots.J'appris que tout mouvement improvisé était suspect,que tout cri était blâmable...Je m'excusais de tout et d'abord d'exister"
Et puis il y eut la guerre,le départ à la campagne où il s'émerveille de la bonté de ces braves paysans qui les accueillent à bras ouverts,leur cèdent les deux seules chambres de la maison et trouvent ça normal puisque leur fille est cuisinière chez eux...et puis le retour à Paris,l'entrée au lycée Charlemagne,les copains qui ne revenaient pas en classe un beau matin parce qu'on était venu les chercher dans la nuit...Et il termine son livre sur l'absence,un matin,d'un compagnon de classe qu'il avait quitté la veille après une leçon de français(samère exigeant de lui qu'il soit le premier de sa classe,Jean-Denis était allé demander au premier de classe s'il voulait bien lui donner des leçons de français,il lui avait expliqué que sa mère étant malade,il était important pour elle qu'il obtienne cette place et l'autre,bon prince,avait accepté sans rien demander en échange car,lui avait-il dit,celà lui ferait faire des progrès à lui aussi)...Il lui a fallu survivre à toutes ces absences définitives .
Et il termine son livre sur cet évènement...Sans doute ce fut encore plus terrible pour lui que la mésentente de ses parents et leur rigidité,leur incroyable incompréhension face à leur enfant...Le sentiment de l'injustice,il l'a connu dès l'enfance et il a orienté sa vie de façon à la combattre,autant qu'il le pouvait.
Bravo,monsieur Jean-Denis Bredin,quelle belle leçon de vie vous nous donnez là,je sais bien que tel n'est pas votre but,que vous vouliez seulement témoigner...je vous souhaite de goûter quand même un peu la joie de vivre et je vous remercie.