journal intime,poésie,spectacles peinture
"J'ai le même rapport à la mort qu'autrefois, je ne la hais ni ne la crains.
Si un jour je me mettais à checher avec qui j'entretiens volontiers les relations les plus fréquentes en dehors de ma femme et de mes fils, il apparaît que c'est uniquement avec des morts, des hommes de tous les siècles, des musiciens , des poètes et des peintres. Leur être, concentré dans leur oeuvre, continue de vivre et revêt pour moi plus de présence et de réalité que la plupart de mes contemporains. Il en va de même pour les hommes disparus que j'ai connus , aimés et "perdus", pour mes parents,mes frères et soeurs, mes amis de jeunesse, ils font partie de moi-même et de mon existence, aujourd'hui comme hier, lorsqu'ils vivaient encore. Je pense à eux, je rêve d'eux et les inclus dans ma vie quotidienne. Ce rapport à la mort n'a donc rien d'une illusion, d'une belle construction de mon imagination; il est bien réel et fait partie de ma vie. Je connais bien le sentiment de précarité qu'inspire toute chose, je l'éprouve à chaque fois qu'une fleur se fane; Mais il s'agit là d'une tris tesse sans désespoir.
Petit à petit, tous les gens s'en vont. A la fin, nous avons plus de proches et d'intimes "de l'autre côté" qu'ici-bas; si bien que, sans l'avoir prévu, nous devenons curieux de l'au-delà et oublions la crainte de celui qui se protège davantage de la mort.
Les disparus ainsi que l'essentiel de leur être qui nous a influencé vivent à travers nous aussi longtemps que dure notre exitence. Parfois nos entretiens et nos discussions avec eux sont plus fructueux qu'avec les vivants, et ils nous dispensent de meilleurs conseils.
Tout cheminement, qu'il ait pour but le soleil ou la nuit, aboutit à la mort, à une renaissance douloureuse que l'âme craint. Mais tous les hommes font le chemin, tous meurent, tous renaissent car la Mère éternelle les ramène éternellement à la vie."
Hermann Hesse (Eloge de la vieillesse)