Un jour, ce bonheur de vivre que l'on croyait éternel, ne fut plus que du passé.
Coup de téléphone, accident.Le fils est à l'hôpital. Le fils est mort. Un grand blanc. Les aiguilles de l'horloge cessent de tourner !
Tous ceux qui étaient venus pour le mariage revinrent pour l'enterrement . Les parents se montrèrent dignes, presque impassibles tout au long de la cérémonie...En fait, ils étaient morts avec leur fils.....Ils organisèrent ce qui leur restait de vie comme devant servir uniquement la mémoire de leur enfant bien-aimé...Leur maison devint un sanctuaire :. Partout des photos de lui : Antoine bébé, Antoine à l'école, Antoine en communiant, Antoine à la maison, Antoine sur le stade, Antoine jouant du piano, Antoine le jour du mariage, Antoine à la maternité auprès de sa femme et de son enfant et la toute dernière photo, bizarrement, c'était entouré de ses deux parents qu'on l'avait pris...Celle-là, ils l'avaient faite agrandir et encadrer : elle était là pour nier l'absence et les gens qui venaient leur rendre visite étaient pris d'un vague malaise en regardant le trio dévoilé par la photo qui occupait le centre de la salle de séjour. 2tait-ce avec les morts ou avec les vivants qu'il fallait poursuivre le dialogue?
D'ailleurs de quoi parlaient-ils? Evidemment du fils, du temps où ils étaient réunis...La seule chose qui pouvait leur faire plaisir, c'était que le visiteurn parle de lui au présent, comme s'il venait de le rencontrer au coin de la rue. Leur visage alors s'illuminait. Ils sortaient de leur apathie habituelle et se mettaient à égrener les mille et un souvenirs qui étaient leur seule richesse désormais.
Tous les dimanches, ils allaient voir leur belle fille seule avec l'enfant...Ils faisaient aussi le voyage dans la semaine pour se rendre au cimetière..Il y avait plus de deux ans et leur constance ne faiblissait pas.
Les amis qui ne supportaient pas de les voir ainsi figés dans le passé n'avaient qu'à s'éloigner..Même leurs deux filles, elles-mêmes bien vivantes n'étaient pas davantage écoutées..Ils étaient devenus incapables de s'intéresser à ce qu'elles vivaient ou disaient...Oublieuses de leur souffrance personnelle, elles essayèrent de venir en aide à la jeune veuve..Mais celle-ci en était venue à redouter ces fins de semaine qui la mettaient en présence des parents éplorés.Ils étaient si lamentables qu'elle ne trouvait pas le courage de leur dire que leur attitude l'enfonçait dans un abîme sans fond, que toutes les nuits elle rêvait que près de la tombe ouverte de son fils, cette mère si aimante la faisait choir et eux tombaient à leur tour et la tombe aussitôt se refermait..Parfois l'enfant lui aussi était enseveli, parfois il échappait de ses bras avant qu'il ne tombe, il courait, il gambadait...Ces matins-là, l'espoir la tenait debout. Peut-être que cet enfant les sauverait...En effet, il était le seul à faire éclore un sourire sur les lèvres de ses grand -parents...Mais c'était un sourire triste et l'enfant trépignait...Les visages chagrins de son entourage l'étonnaient sans cesse...Dans la rue, il se précipitait vers les personnes qui rayonnaient la joie et les appelait "papa" ou "maman" ( A suivre )