journal intime,poésie,spectacles peinture
L'autre jour, mes petits enfants étant à la maison, ils me demandent de les conduire à la médiathèque et me préviennent qu'ils désirent y rester une grande partie de l'après-midi...Nous arrivons, ils s'installent auprès des bandes dessinées, leurs lectures sont encore très sélectives....
Quant à moi, je repère sur les rayons un livre sorti l'an dernier que j'ai toujours eu envie de découvrir, une émission de radio me l'ayant fait connaître....Je le lis d'une traite et me laisse complètement submergée.....
Il s'agit de L'Intranquille : autoportrait d'un fils, d'un peintre et d'un fou.
Il nous faut remercier Judith Perrignon d'avoir su si bien transcrire, avec autant d'intensité et d'émotion, les récits que le peintre Gérard Garrouste lui a fait de sa vie....
D'emblée, je plonge dans ce récit et me laisse submerger...Je partage la terreur du petit garçon de six ans qui voit son père menacer sa mère d'un pistolet et cela fréquemment...J'admire que, malgré tout le mal qu'il lui a fait, ce fils soit capable de reconnaître que, malgré tout, cet homme qui a écrasé les siens de sa haine, ce père l'aimait...Il ne manquait jamais une réunion de classe et il a su écouter les éducateurs qui lui conseillaient de mettre son fils en pension...Loin du milieu familial, il a pu sortir de la distraction perpétuelle dans laquelle il se réfugiait...et connaître une vie plus apaisée.
J'admire aussi cette Geneviève, sa femme qui a su l'aimer, envers et contre tout, lui redonner confiance en lui, le protéger...En effet, alors qu'elle attendait leur premier enfant, Gérard Garrouste a sa première crise de délire...A l'hôpital, on lui donne des médicaments qui le sortent du délire mais le plongent dans la dépression...Et pendant des années, il navigue telle une épave, il est incapable de peindre...On n'est pas créateur quand on est dépressif...Et elle a su être là, patiente mais jamais résignée...
A présent, il est un peintre de renommée internationale, il est aussi sculpteur, graveur, illustrateur...
C'est un livre d'une profonde honnêteté et c'est pourquoi il est si touchant...Il reconnaît son extrême fragilité
"Etre heureux est dangereux pour moi, être en colère aussi. L'émotion forte m'est interdite"
"...descendre l'escalier du métro alors qu'une foule en remonte peut me faire croire à une horde de gens qui se lancent contre moi..."
"je veux peindre ce qu'on ne dit pas; Et si le fou dérange, je veux que le peintre dérape"
A présent, délivré un peu de ses fantômes, il veut aller vers une peinture plus gaie.