journal intime,poésie,spectacles peinture
"De toute mon existence, je ne fus jamais instruit de mon prénom.
Sans doute n'en possédais-je aucunement.
Pourtant le frémissement de ce coeur, cette ineffable mélodie répercutée ce jour- là en tous bouts de moi-même, résonnait en ma personne comme l'aurait fait le son de mon prénom...
Car on aurait dit que le coeur de ce mort-là contenait cargaisons de chérissement, tout le chérissement du monde. Mieux : que ce chérissement m'était promis ! Enigme de nos destinées ! Nous croissons pendant des lunes en les chairs ombreuses d'un ventre, nous arrivons en cette vie faite de pénombres, puis nous marchons par sentes broussailleuses et voilà qu'amour nous aborde et nous appelle par notre nom, que lumière surgit des ténèbres.
Jean-François Beauchemin (Le jour des corneilles - page 115- Editions les Allusifs)
Je viens de terminer ce livre , il y a quelques jours seulement.
C'est un curieux livre, au style inimitable, à la langue étrange et jubilatoire,
et je me suis laissée prendre par son charme...
Pourtant, l'histoire a de quoi faire frémir...
Celui qui parle ici n'a jamais connu la civilisation ou si peu..
.IL vit seul, avec son père, en pleine nature, éloigné des hommes...
A demi fou depuis la mort de sa femme en couches,
le père halluciné fait vivre à son fils une vie ponctuée de violences
inouies...Ils tirent leur subsistance de la chasse et de la cueillette..
C'est un livre entre le conte et le roman,
un livre sur l'incommunicabilité,
sur la difficulté à comprendre le mystère des êtres humains.
C'est un livre qui nous émeut par cette quête éperdue d'amour à laquelle se livre le fils Courge, c'est le seul nom qui lui soit donné.
C'est un livre où l'on perçoit combien sont emmêlés les fils qui relient l'amour et la haine, la folie et la lucidité, la vie et la mort.