Il était une fois un homme qui était né pour aimer une seule femme et l'aimer toujours.
Il avait rencontré cette femme, il l'avait épousée, ils avaient eu des enfants...mais leur amour était une fleur malade qui ne parvenait pas à s'épanouir.
Car jamais l'homme n'ouvrait les yeux sur son jardin intérieur et il ne voyait pas que les orties croissaient à une vitesse toujours plus grande et étouffaient la fleur de son amour.
L'homme se refusait aussi à sentir car il avait peur de souffrir et quand, malgré toutes les précautions prises, les orties l'atteignaient, il se divertissait dans un surcroît de travail et d'obligations de toutes sortes qui l'empêchaient de s'apitoyer sur lui-même et quand la tendresse de sa femme devenait trop évidente, il prenait des allures d'ours mal léché pour la décourager et l'inciter à aller trouver ailleurs de quoi la combler.
L'homme avait mis aussi de la cire dans ses oreilles, non pour éviter le chant des sirènes mais pour que les paroles de son épouse ne puissent pas l'éveiller et l'attendrir.
Alors qu'il était, hors du foyer conjugal d'une honnêteté exemplaire dont chacun le louait, avec elle, tant il craignait de devenir son prisonnier, mentir lui était familier...Il désirait l'égarer dans un labyrinthe sans issue...ainsi serait-il à l'abri et ne ressentirait pas le feu de son amour.
Pourtant elle n'était pas possessive...Mais il refusait avec acreté cela même qu'il désirait le plus violemment et il se refusait à lui-même le droit de reconnaître ses désirs..Et pour se préserver de l'amour, il ne reculait devant aucune lâcheté, aucun mensonge....Ses désirs, il s'acharnait à les tuer tant il lui faisait peur. seuls pouvaient pointer le nez ceux qui n'étaient pas essentiels...ainsi se donnait-il l'illusion d'être encore vivant.
Mais elle ne se décourageait pas ou plutôt ses découragements étaient de courte durée..Elle croyait mourir à chaque tempête mais le calme retrouvé, l'espoir renaissait...Elle avait peur des certitudes mais une l'habitait et la tenait debout telle une racine : dès le moment où elle avait rencontré cet homme, elle avait su que le chemin serait âpre mais qu'ils se retrouveraient un jour, apaisés, et ils vivraient alors un temps merveilleux où l'harmonie des contraires enfin réunis chanterait un hymne d'amour.