journal intime,poésie,spectacles peinture
Il lui dit que le tableau est bientôt fini mais il préfère qu'elle ne le voit que lorsqu'il sera tout à fait achevé.
Elle reprend la pose docile, lisse, immobile...Elle remarque bien que le pinceau du peintre ne s'active guère : une petite retouche de ci, de là mais il semble seulement la regarder, elle et le tableau...A la fin de la séance, il lui demande de venir voir. Il a fait du mieux qu'il a pu, lui dit-il, et il ne peut rien rien ajouter.
Elle s'approche, elle regarde et reste interdite...
Le peintre s'inquiète : que se passe-t-il ?
- Elle a pris mon visage,dit-elle, comment a-t-elle fait?
- Mais ce n'est pas elle, répond le peintre, c'est vous....Regardez bien!
Elle le regarde incrédule...Il a pourtant l'air sincère. Il ne se moque pas d'elle, elle peut le croire...
Alors les larmes coulent sur son visage immobile..Une grande joie l'inonde...Elle est ainsi....Elle sourit....Elle sourit à elle-même, elle sourit au peintre , elle sourit à la vie....Elle ne se sent plus exclue et désarmée...Désormais, elle va tout faire pour rejoindre cette fille là qui est sur le tableau et dont elle se sentait tout à l'heure si éloignée.
De même que les feuilles du peuplier qui dansent dans le vent nous en révèlent la beauté, de même ce peintre a su donner souffle et vie à cette enfant pas encore née, à cette enfant cachée dans un corps de femme qui ignorait tout d'ele-même et de sa force .