journal intime,poésie,spectacles peinture
Elle vivait cloîtrée dans sa petite maison depuis des années.
Son seul contact avec l'extérieur était la télévision.
Son seul plaisir aussi.
Non, manger était un plaisir aussi.
Elle avait un mari cependant
mais ce qui les maintenait unis,
c'était la haine
et peut-être l'attachement à cette maison.
Elle allait de son fauteuil à son lit
et du lit à son fauteuil.
Elle laissait à son mari
le soin d'aller jusqu'à la boîte aux lettres
au bout du petit jardin.
C'était trop loin pour elle;
Il est vrai qu'elle n'attendait rien:aucune lettre, aucun journal.
Lorsqu'ils s'étaient rencontrés,
elle avait déjà eu la polyomélite
et c'est lui qui lui avait réappris à marcher.
Elle a travaillé pendant plusieurs années,
puis ses difficultés motrices ont peu à peu réapparu,
et elle a cessé de travailler.
Et elle s'est enfermée dans sa rancoeur, dans sa maison;
Au début, quelques collègues venaient la voir,
puis les visites se sont faites de plus en plus rares
et elle s'est enfermée dans sa bulle.
Je parle d'elle au passé
comme pour mettre une distance entre elle et moi,
elle que je ne connais pas.
C'est une de ses anciennes collègues qui m'en a parlé
et depuis je ne cesse de songer à elle
et de me demander comment elle fait
pour survivre dans cette solitude,
dans cette absence de liens,
cette absence d'amour;