journal intime,poésie,spectacles peinture
Hier soir, je plonge à nouveau dans un livre lu cet été : Chanter de Delecroix chez Flammarion...Je me souvenais surtout , et c'est celui-là que je cherchais, d'un très beau chapitre de trois pages seulement ( "Tu chanteras pour finir" ) où l'auteur nous parle d'une femme sur le point de mourir..
Elle est entourée de toute sa famille, elle a dit à chacun ce qu'elle avait à lui dire et, depuis plusieurs jours, elle ne dit plus un mot...et, soudain, au moment suprême....
Je partage avec vous la fin de ce chapitre...J'ai été fortement touchée par cette histoire...La fin de vie peut être belle.
" Et puis dans le silence de la chambre, il se fit un silence plus profond encore et ce silence ne s'entend qu'à une seule occasion, n'appartient qu'à un seul moment, qui est celui de la mort...Dans la chambre, la mort était là, ils le surent aussitôt, et la vie, enfin , se retirait à jamais. Elle, elle la voyait sans aucun doute et n'en apraissait pas effrayée. Elle voyait la mort se pencher sur elle, elle voyait la vie se retirer sur la pointe des pieds et refermer la porte. Avant de s'en remettre au néant, pourtant, elle les regarda, son mari, ses enfants. Ils crurent qu'elle voulait dire quelque chose, qu'une parole restait à dire peut-être, que peut-être elle était réservée pour cette minute.
Mais c'est dans ce silence qu'ils l'entendirent chanter.
Ils crurent un instant avoir rêvé. Ils se regardèrent sans comprendre. Mais ils dûrent se rendre à l'évidence, discrètement, fragilement, à peine audible, elle chantait.... Elle était là, entièrement là, toute la vie sur el bord de ses lèvres. C'était un air familier qu'ils reconnurent. ayant délaissé la parole, défait un à un les liens, s'étant allégée de tout et d'elle-même finalement, elle n'avait plus qu'un souffle qui, désertant peu à peu tous les recoins du corps, franchissait pour toujours la fine frontière des lèvres, et c'était comme si ce dernier souffle était le premier, celui qui avait précédé la première parole, celui qui, au fond, soutenait toute aprole, la vie elle-même. Et ce souffle, elle le leur offrit parce qu'il chantait." Vincent Delecroix ( Chanter)