journal intime,poésie,spectacles peinture
Je vais à une conférence...Devant moi, un couple ...Je suis sûre qu'ils vont eux aussi au même endroit que moi...La douleur trouble leur regard, elle marque leur visage,leur dos, leur démarche,...Tenir debout semble leur demander un gros effort..Nous rentrons, je les perds de vue...Annick Ernoult, la conférencière commence...Elle vient parler du deuil, de l'absence..Elle sait de quoi elle parle : sa fille est morte d'un cancer à sept ans..Elle a écrit un livre :"apprivoiser l'absence", elle a créé une association du même nom et elle a intitulé cette conférence débat: "Après la mort de son enfant, survivre ou revivre?"
Son exposé est clair, simple et pourtant riche de toute son expérience et de celles des centaines de personnes qui se sont confiées à elles...Ensuite, les personnes qui désirent s'exprimer ou poser des questions prennent la parole...
Et voilà que j'entends quelqu'un parler d'une voix ferme et assurée..C'est la dame que j'ai aperçue en arrivant...Son visage a rajeuni, elle n'est plus dans l'accablement comme tout à l'heure..Se trouver dans un lieu amical l'a ranimée..Ici, elle peut être entendue et comprise..Et elle dit que ce qui la maintient vivante, c'est de ressentir la présence de son enfant , elle dit que cette présence, on ne peut pas lui l'enlever..Mais elle ne peut pas dire ça n'importe où, sinon, on la prend pour une illuminée...
Voilà quelqu'un qui a su apprivoiser l'absence...Transformer cette absence en une présence intérieure...La douleur est toujours là mais elle ne nous détruit plus et comme le dit Christian Bobin (et c'est par ces mots-là que la conférencière a clos le débat)
"Ton rire me manque.
On peut se laisser dépérir par le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie"