Longtemps, j'ai voulu être invisible. A présent, je pense qu'être vu offre plus de bonheur et que l'état de passe-muraille n'est attrayant que s'il dure peu de temps.
En fait, ce que je désiraisc'était d'être un ange...Est-ce le film de Wim Wenders qui m'a montré l'inanité d'un tel désir ? Est-ce d'avoir vu les anges se désoler de n'avoir pas de corps qui m'a fait aimer le mien ? Car comment aimer les autres, comment entrer en relation avec eux sans s'incorporer dans cette matière, si imparfaite soit-elle....Certes, elle nous limite...Finie la capacité d'être là et ailleurs, dans cent lieux différents....Mais là où je suis, enfin je suis totalement présent et dans cette présence je peux m'épanouir pleinement....
Quelle merveille ! Habiter un corps et le ressentir comme totalement sien, aussi vraie que cette flamme intime qui brûle en nous et fait notre originalité ! Ne plus traîner son corps par une corde afin qu'il ne nous échappe pas ( c'est ainsi que je me représentais dans mon jeune âge) ... ne plus traîner son corps..mais être lui, simplement, intimément...
Longtemps j'ai ignoré que je pouvais préférer une couleur à une autre. Préférer c'était choisir et choisir c'était exclure.
Exclure qui que ce soit ou quoi que ce soit, ne serait-ce qu'une couleur, n'était-ce pas m'exclure moi aussi, m'ôter le si peu de vie que j'avais, évidemment je ne pouvais pas me le permettre.
Longtemps j'ai séjourné dans une demeure sans portes ni fenêtres. Le dehors, j'ignorais qu'il existait. Un jour, un orage survint, un pan de mur explosa et le soleil pénétra et me laissa tout ahurie...Je survécus à sa chaleur, j'appris à l'aimer...Il me devint nourriture et c'est avec étonnement, à présent, que je pense à ces années enfouies dans les ténèbres.....