Nous avons appris que l'oncle Marcel et la tante Juliette étaient en maison de retraite et nous décidons d'aller les voir...Il y a trois mois environ, nous les avions visités ...Ils étaient dans leur appartement et,comme d'habitude, (je les avertis toujours de notre arrivée par téléphone) sur la table étaient installées les tasses et leurs soucoupes et l'assiette de gâteaux ...et c'est avec un plaisir évident qu'elle nous servait le café...L'oncle avait toujours le mot pour rire et nous nous disions qu'ils avaient bien de la chance de vieillir ensemble si paisiblement...
Elle, elle venait de faire un séjour à l'hôpital un peu long mais elle semblait se rétablir tout doucement...Et puis, un jour, lui a une attaque..elle un malaise..On les embarque tous deux pour l'hôpital et ensuite, puisqu'il y a une chambre de libre, pour la maison de cure à côté..Et c'est là que nous les trouvons tous les deux, cloîtrés dans leur chambre..Ils ont une vue superbe mais comme dit la tante , ça ne fait pas tout...et quand le soleil tape..il vaut mieux descendre le store..Elle , elle est valide, très amaigrie certes, mais elle aurait besoin de plus de mouvement..et elle souffre de n'avoir plus rien à faire mais elle ne veut pas le quitter "Vous vous rendez compte s'il était tout seul?"
Lui est dans son lit, paralysé d'un côté, complètement dépendant..il continue à plaisanter mais on sent bien que le coeur n'y est plus, qu'il se demande pourquoi il est encore là..."On vit trop vieux, nous dit-elle"
Mon compagnon, voulant leur faire plaisir, leur dit qu'ils ont bonne mine et, devant leur air incrédule, il leur répète à nouveau et il insiste...Ils ne sont pas contrariants, ils veulent bien le laisser à ses illusions...Mais quand on est prisonnier d'un lit dont on ne peut plus se lever...est-ce que ça nous intéresse vraiment d'avoir bonne mine?
D'ailleurs, à un moment, elle lui répond : "oui, on ne le laisse pas paraître"...
Mais quand on arrive , à la fin de sa vie, est-ce encore important les apparences?
N'a-t-on pas davantage envie d'être ce que l'on est, ni plus ni moins, mais l'être totalement, enfin être vrai...
Il m'a semblé que tous deux attendaient cela...mais nous, pour pouvoir les entendre, pour être à leur écoute,il nous faut cesser de nous réfugier derrière des mots-bateaux qui ne servent qu'à masquer notre peur...S'ils se sentent écoutés, ils seront moins seuls et leur souffrance en sera allégée.