journal intime,poésie,spectacles peinture
Je me réveille et ma première pensée va vers elle.
Elle,à qui j'ai téléphoné hier soir.
J'ai entendu ses sanglots avant d'entendre sa voix.
"Il part de plus en plus tôt,il est de plus en plus fatigué,il va bientôt mourir" me dit-elle.
Lui,c'est son ami qui vient la voir toutes les après-midi,disant à sa femme qu'il part faire une promenade . Sa femme est malade elle aussi,a des problèmes moteurs et ne sort jamais de son appartement . Il a eu longtemps une autre amie atteinte d'un cancer terminal,c'est du moins ce qu'il racontait, mais depuis qu'elle a rompu avec lui, elle est guérie.
Je lui en fais doucement la remarque et elle s'écrie aussitôt :"non,je ne peux pas le quitter,je ne peux pas être responsable de sa mort , je ferai tout ce que je peux pour le soutenir et quand je n'en pourrai plus, je mourrai....et personne ne me regrettera.
Je lui fais remarquer que,si elle veut l'aider,il faut d'abord qu'elle se soigne,elle ne peut plus rien manger,elle rejette tout ce qu'elle avale...Elle ne peut plus que pleurer...et dormir (avec des cachets).
Elle me répond qu'elle ne peut pas aller dans une maison de soins car, si elle s'en va, il se laissera dépérir et elle ne veut pas être responsable de sa mort...Et ,tu sais,ajoute-telle,ce n'est pas du chantage,je sais que c'est vrai,je le connais mieux que toi...
Je suis impuissante au bout du fil..Je ne peux que l'écouter,être là...Surtout ne pas juger,tenter de lui redonner confiance en elle -même, lui assurer que, quoi qu'il arrive, je lui garderais mon amitié
"Tu sais,je peux comprendre que tu en aies assez ,je ne t'en voudrais pas si tu me laisses tomber"
Je vois,bien que ne la voyant pas,son visage s'éclairer quand je lui assure que je n'en ai pas la moindre intention,je sens sa voix se raffermir et un peu d'énergie la traverser
"Ce n'est pas vrai que je me laisse aller,même si je suis au fond du trou,je sens que je fais des progrès,je ne dis plus "amen" à tout ce qu'il me dit, je ne me prends plus pour moins que rien, je me bats,je vais m'en sortir"
C'est sur ses paroles pleines d'espoir que je la quitte;...assez étonnée par ce revirement soudain...Au début de notre conversation,elle ne me parlait que de mort,de désastre...
Le peu que je peux,j'essaie de le donner,je la porte dans mon coeur,essayant de garder la paix en moi pour la lui communiquer,mais cela suffira-t-il ?
Je suis étonnée par le mélange d'aveuglement et de lucidité aigüe qui sont en elle presque dans le même temps,par ce désir de vivre et ce désir de mourir qui l'habitent aussi forts l'un que l'autre...
J'espère,j'espère que la vie sera la plus forte .