Au supermarché où il se rendait tous les soirs,c'était toujours à la même caisse qu'il s'adressait , car depuis quelque temps, l'employée qui s'y trouvait lui souriait gentiment et lui tendait la note avec quelques mots de sympathie...
Certes,songeait-il,je ne suis pour elle qu'un client parmi d'autres...il ne faut pas rêver...
Mais les raisonnements lucides qu'il entretenait en lui-même ne l'empêchaient point de se rendre au rendez-vous quotidien...Une femme lui souriait...Et chaque jour,son sourire était aussi neuf et émouvant que le premier..
.Il ne voulait surtout pas s'y habituer et considérer ce sourire comme un dû.
Demain,peut-être ne lui sourirait-elle plus,?
D'abord ce fut un rayon de soleil dans une vie trop grise, et c'était d'autant plus bienfaisant qu'il sortait d'une mauvaise grippe.
Puis ce fut cette douceur qui lui donnait à rêver et qui lui fit trouver plus âpre cet appartement désert qu'il devait retrouver chaque soir au retour du supermarché..
Elle occupait désormais toutes ses pensées...
Elle,probablement,ne pensait jamais à lui,seulement au moment où il venait payer ses achats.
Peut-être adressait-elle le même sourire à tous les clients et lui qui s'était cru reconnu,,attendu,distingué parmi la foule des autres...
Il se perdait en suppositions,il lui inventait des journées pleines,une famille douillette où,lui,le solitaire,se réchauffait déjà en rêve...
Un jour,il oublia que ce sourire devait être chaque fois une surprise inattendue.
IL vint à elle ,en attente de son dû.
Aussitôt se figea le sourire et le visage de la belle devint masque.
Dans son cabas' ce n'était plus un rêve vivant qui le grisait,,c'était une cage qui se refermait, c'était son âme qui se ratatinait;