Depuis des mois,son corps,semblable à une source tarie,l'avait désertée.certes,elle répondait au désir de son compagnon et même elle pouvait en éprouver du plaisir.Mais aucun élan spontané ne jaillissait plus d'elle à la seule approche de son pas.
Un matin,elle crut voir naître je ne sais quoi dans le regard d'un homme qu'elle rencontra.
Elle s'en amusa,s'en trouva plus belle et n'y pensa plus,du moins le crut-elle.Mais quelques jours plus tard,était-ce pur hasard,ses pas croisèrent les siens à nouveau.Et la voilà s'affairant avec,au coeur,un désir d'amour enfoui.
Avec dans le corps,des frémissements sous la peau et des palpitations et des tremblements et une béance soudain qui l'étonna et elle sut qu'à nouveau,elle était prête à se livrer tout entière,dans la naîve croyance que se donnant ainsi,sans réticence et sans restriction,
au regard attentif qui la captait,
elle allait enfin être connue dans sa totalité,
et innocentée
puisque aimée seulement
pour ce qu'elle était.
Cette fois-ci,pourtant,se disait-elle,je serai plus prudente,
je laisserai croître comme flamme vive le désir de l'aimé,
je dirai oui,sais-je dire autre chose,
mais je ferai attendre un peu,
pour que dure et perdure autant que faire se peut,
ce temps des commencements,
qui en amour, est le temps le plus émouvant.
Ainsi songeait-elle dans son émoi .
Mais il n'y eut pas de nouvelle rencontre.
Sans doute,son corps avait-il inventé le regard dont il avait besoin pour renaître.
elle n'en fut pas autrement déçue.
Vivante.
Elle était vivante.
Chaque jour,disait-elle,commence une aube nouvelle.
Chaque être humain est à redécouvrir chaque matin.
Allons de commencement en commencement.