journal intime,poésie,spectacles peinture
Elle m'avait dit :"toi,tout te touche trop fort !"
Je l'avais regardée,étonnée,ahurie même !
Cette image qu'elle me donnait de moi était si éloignée de celle que mon miroir intérieur me renvoyait !...
Elle se trompe,me dis-je,elle dit n'importe quoi !
Pourtant elle avait eu parfois des intuitions fulgurantes...
Souvent,elle avait su dire les mots sources,les mots qui ouvraient une brèche et,nous sentant dévoilés,nous pouvions alors plus aisément laisser tomber le masque,accéder à une vérité nouvelle.
Parfois aussi, elle avait découvert la faille et sciemment, elle avait transformé chacun de ses mots en flèches empoisonnées....
-Q'avait-elle révèlé en moi cette petite phrase d'apparence anodine et qui pourtant ne me quittait plus?
Si longtemps j'avais vécu, frileusement, repliée sur moi-même, satisfaisant dans une histoire inventée au fur et à mesure de mes besoins,tous mes désirs de communion,d'amour, de partage,de connaissance qui m'habitaient
...Ainsi vivais-je dans ma bulle,bien protégée,nul ne pouvait m'atteindre,ni source ni poison n'arrivaient jusqu'à moi...
Et maintenant j'avais décidé d'être présente au monde qui m'entourait, moi que rien ne semblait faire vibrer..Je découvrais que si je m'étais si bien enfermée dans un monde bien clos,c'était uniquement pour me protéger des agressions extérieures qui me laissaient sans défense...
Je fus d'abord grandie, flattée d'admettre que j'avais une telle richesse de sensibilité...Je me croyais plus terne...Je pouvais donc réaliser mes rêves,ressentir de l'intérieur ce que chaque être vivait...avoir ainsi des milliers et des milliers de vies..être chacun des êtres que je rencontrerai...
Je commençais à avoir une vie moins schizophrénique,à me rendre de plus en plus perméable au monde extérieur...parfois je dansais de joie...parfois les précipices m'encerclaient...J'étais brisée par le chaos des émotions...Et après m'être réjouie sans mesure,parce que j'accédais enfin à la vraie vie,je commençais à éprouver une incertitude quant aux progrès réalisés...
Certes,je ne pouvais pas regretter le temps d'avant: plutôt mourir totalement plutôt que de connaître à nouveau cet endormissement de tous les sens.
Mais je devais bien constater que la libération tant attendue était encore à conquérir et qu'un équilibre moins précaire était souhaitable.Toute mon énergie se perdait dans les soubresauts de mes émotions contradictoires et je m'épuisais en vain...Je courais,je tombais,je me relevais,je m'exténuais,mais peu importe !
Surtout ne pas revenir en arrière...au temps de la bulle...ne pas s'arrrêter..
La vie était à ce prix !