Elle toisait d'un mépris rentré l'être vain qui était son époux et lorsqu'elle jugea bon de le quitter,ce qui lui sembla le plus doux,ce fut bien,si étrange que cela puisse paraître,de n'avoir plus un deuxième nom à joindre à côté du sien.Toutes les contraintes du mariage n'étaient rien à côté de celles -là...
Elle quitta la maison...Cet homme l'avait rendu laide et méchante,pensait-elle et séparant son nom du sien,elle se retrouverait elle-même,elle se verrait sans fard dans l'eau de son miroir,sans tâche...
Mais arrachement douloureux,quitter l'homme,quitter la maison...mais pas les enfants,non pas eux !Pourtant,elle qui avait toujours désiré respecté leur liberté,comment les obliger à déménager?Ils devaient être libres de loger chez l'un ou chez l'autre...Cependant,il était difficile de ne pas exercer un chantage inconscient sue eux et elle en accusait leur père,persuadée qu'il n'hésitait pas à faire ce dont elle éprouvait elle-même un si vif désir.
Pourquoi donc puisque la liberté lui semblait si précieuse en privait-elle son mari sans ressentir le moindre scrupule?Oh,jamais il ne se posait en victime,c'est justement parce qu'elle était autoritaire qu'il en était devenu amoureux.Sa lucidité était totale à ce sujet : c'était ce trait de caractère surtout qui l'avait attiré.Il était ainsi délivré du souci de faire un choix,de prendre une initiative.Délibérèment,il était devenu une marionnette dans les mains de sa femme. Il faisait tout ce qu'elle voulait et disait ne subir aucune contrainte puisqu'il était d'accord avec elle.
Etrangement,toujours insatisfaite,c'était elle qui se plaignait de subir de sa part des pressions qui la déformaient,c'était elle qui prenait la position de victime!
Ce si docile mari lui faisait ombre.Mieux qu'elle,il savait nouer des relations tissées de services rendus,de gentillesse et comme il était vite satisfait,comme il demandait peu à la vie: un sourire,une simple invitation à dîner..Et il s'estimait comblé...Qu'importe si la conversation avait été terne et languissante,il n'était pas si exigeant...
Elle si! Elle avait besoin de beaucoup plus..Elle voulait vivre d'amitié véritable et d'amour authentique.Et dans cet attachement conjugal,elle voyait clairement la part de névrose et la part de factice...Et elle ne pouvait s'en contenter et cette clairvoyance lui avait donné la force de partir.
Elle était donc partie,.Elle avait quitté son mari..Elle n'avait pu se quitter elle-même..Elle était seule désormais,sans bouc émissare à qui reprocher sa prétendue laideur,sans personne à qui donner des ordres,sans personne à qui reprocher de n'être qu'un vulgaire serviteur docile et inconsistant...Seule,face à elle-même,allait-elle enfin percevoir le malentendu et comprendre qu'elle n'avait été,dans toute cette histoire,,ni la victime,ni le bourreau?elle était seulement responsable de ce qu'elle était devenue et il était vain de maudire son destin.
La vie s'ouvrait devantelle,neuve à chaque matin.Tout pouvait arriver,et même l'impossible et même le pus merveilleux.