journal intime,poésie,spectacles peinture
Pour la petite fabrique d'écriture
J'avais six ans.A cette époque-là,les mères tricotaient en abondance gilets,robes et même petites culottes en laine ou en coton.Il suffisait de mettre un élastique adapté à la taille de l'enfant,et voilà qui était fait ; ça grattait,ça avait une facheuse tendance à se loger dans la raie des fesses,ce qui n'était pas très confortable mais personne n'avait jamais eu l'idée de me demander ce qui m'était agréable ou non et moi,je n'avais jamais eu l'idée de contester quoi que ce soit...à vrai dire ,je n'imaginais pas que je pouvais préférer quelque chose à une autre,que j'en avais le droit.
J'étais donc affublée,ce jour-là, d'une de ces culottes fait maison,j'étais dans la cour de l'école,la cloche venait de sonner et nous nous mettions en rang quand soudain,catastrophe ! Je sentis que l'élastique venait de craquer..Que fit donc la culotte? Evidemment,elle des cendit illico sur mes chevilles...Moi qui aurais voulu disparaître dans un trou de souris...moi qui sens encore le rouge de la honte m'envahir en évoquant cette histoire,vous imaginez ma détresse !Quelle fut ma réaction dans cette situation dramatique? ça,vous ne le devinez pas ! Je me mis à hurler,ce n'était pas l'attitude appropriée pour passer inaperçue mais quand la terreur nous prend,comment se raisonner?Pour me faire taire,la maîtresse n'eut d'autre solution que de me mettre dans un coin de la classe ,de prendre une aiguille et de recoudre l'élastique récalcitrant...L'opération faite, je pus rejoindre ma place et je redevins totalement muette.
Je me souviens encore de cette petite culotte rose et de ma honte.