journal intime,poésie,spectacles peinture
Silencieux,le peintre dévisage son modèle.
Il hésite,il retouche.
Le modèle fixe le peintre qui le regarde
Que déchiffres-tu en moi? Que vas-tu me révèler? Je t'interroge et tu m'interroges.
l
Le silence devient de plus en plus dense,impalpable,et répond à cette double interrogation.
Dis-moi quel charme m'attire en ta présence et me fait accepter ces séances de pose que tu m'imposes?
Est-ce de te voir aussi fasciné par cette image de moi que j'ai trouvée jusqu'alors si ordinaire,est-ce ta propre fascination qui me fascine à mon tour? Où cherches-tu à m'entraîner?
-Ce qui me captive ,dit le peintre,c'est d'assister à ta métamorphose,c'est le plus profond de toi que je veux cerner et faire apparaître sur ma toile.
Le lendemain,le dialogue reprend:
-Le tableau est trop sombre,dit le peintre,je vais l'alléger par une tâche claire,avance ton bras;
Docile, le modèle s'exécute...Le temps s'écoule...Le peintre est toujours à l'affût,en quête de cette trace invisible qui lui permettra de toucher le mystère....
Mais le voilà qui se lasse:"j'ai trop espéré"
-En quoi t' ai-je déçu?
-J'ai trop rêvé de toi....Tout ce que j'ai cru voir en toi,c'est moi qui l'ai inventé,imaginé,créé...Je me suis trompé...Le soir vient et je te vois telle que tu es: ordinaire, seulement ordinaire.
-Ne me regarde plus,regarde ta toile...Je suis ordinaire,cela est vrai...mais grand est ton talent.J'admire la femme mystérieuse qui a pris place sur ton tableau.Elle me ressemble mais elle n'est pas moi...Elle est ce que je pourrai être si....
-Ce que tu serais,oui, si tu ouvrais ta cage.
Où est le réel,où est le rêve?
J'ai rêvé de toi,j'ai matérialisé mon rêve et je t'ai fait naître plus belle, toujours nouvelle.