journal intime,poésie,spectacles peinture
Au fond,j'ai depuis très longtemps douté de la raison...
Dès huit ou neuf ans,j'ai su qu'il était vain de croire exercer un contrôle absolu sur soi-même: tout nous échappait,nos pensées,nos rêves,nos réactions,nos peurs,notre incapacité à cerner l'angoisse et à l'empêcher de nous ligoter,de nous limiter vainement,absurdement...comme si la vie n'était pas faite pour être vécue,mais seulement rêvée...comme si elle nous avait été octroyée par erreur...comme un mets savoureux posé devant nous pour nous appâter...Nous avons droit au parfum mais si nous tentons de l'approcher de notre bouche,cette nourrriture vitale,cette flamme...un grillage invisible nous retient..
.Sommes-nous si peu de chose,rien parmi le rien?
Et à qui parler de nos terreurs? Comment combattre cet ennemi intérieur qui nous empêche de vivre? Cette folle qui veut prendre toute la place et nous réduire en lambeaux honteux?
J'essaie de sauvegarder les apparences,d'être comme tout le monde...c'est fatigant...Jusques à quand vais-je ainsi tenir?Quand viendra l'aurore qui me permettra comme la chèvre de monsieur Seguin de me laisser manger par le loup?
Parfois je l'attends cette aurore comme le moment le plus merveilleux de ma vie,parfois je la redoute et me dis qu'il faut être plus persévérant,que je vais bien arriver à la faire disparaître,cette grille invisible qui m'empêche de goûter à la vraie vie....D'ailleurs,de plus en plus souvent,je l'oublie et vis l'instant présent dans sa plénitude...Peut-être est-ce tout simplement moi qui l'ai inventée...
Je peux donc inventer autre chose : quelque chose de plus libérateur et de plus joyeux....