journal intime,poésie,spectacles peinture
D'abord,elle me parut laide...Trop long ce nez ! Sans intérêt,cette tête ! A peine l'avais-je aperçue,déjà,je détournais les yeux,à l'affût de personnes plus séduisantes.
Et la soirée s'écoule,oublieuse de ce visage à peine entrevu.Mais certains étant partis,là voilà qui se rapproche et se trouve,quel hasard,en face de moi !Je ne peux plus l'ignorer,il faut bien que je la regarde,que je prête une oreille aux paroles qui d'elle me parviennent...et , est-ce encore un hasard? De quoi parle-t-elle? Elle parle d'écriture,elle me donne son nom:"Cylène" !Tiens C comme Cyrano ! et si de son cousin,elle a la disgrâce,dame,elle en a aussi l'esprit !
Et me voilà bien marrie d'avoir d'elle mes yeux détournés. moi,si promte à juger les esprits qui aux apparences seules accordent quelques valeurs,j'aurais désormais plus d'indulgence car dans ce même travers me voilà tombée et m'en voilà toute déconcertée.
Et cette belle dame je remercie dans un long sourire silencieux pour ce, qu'en cet instant,sans qu'elle ne s'en doute,elle vient de m'apprendre,et c'est pourquoi mon merci restera silencieux.
Et pour que la leçon porte davantage ses fruits,là voilà,tout aussi inconsciente et sereine,qui s'apprête à partir et pose sur sa tête un quelconque chapeau,un peu haut cependant,eh stupéfaction !
.Cette dame que j'ai si mal jugée tout à l'heure ,quand elle était assise à table,c'est qu'elle a fière allure avec ce chapeau et ce demi sourire accroché à ses lèvres.Quelle tête originale est-ce là et qu'il me plaît de la contempler !Quel dommage,elle s'en va déjà et je n'ai pas su la rencontrer.
Car de Cyrano,son frère,en plus du nez,de la plume et du panache,je suis sûre qu'elle avait aussi l'esprit,le coeur et une finesse exquise. Ah! triste méprise! Allais-je comme Roxane ne connaître la réalité que trop tard? J'ai bien failli partager son aveuglement. Il a fallu le miracle d'un quelconque chapeau pour que la métamorphose s'accomplisse et qu'à mes yeux soudain lucides ,Cendrillon se dévête de ses oripeaux, Hélène quitte ses laids sabots et qu'enfin je sache contempler l'être qui est devant moi.
Le rideau des illusoires apparences déchiré, j'ai connu une réalité plus profonde et je m'en suis réjouie.
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